C'est l'Hôtel de ville d'Aubusson, en Creuse, qui sera cet été "l'écrin qui mêlera avec bonheur les Arts du Passé et ceux du Présent " écrit Anne-Lan en préface du catalogue de l'exposition Tapisserie et Naturalisme engagée dans ces regards croisés Nature et Culture.
Cette exposition, est propoposée par l'association Récréasciences qui a mis en mouvement les 3 départements de la région Limousin pour l'organisation 2007 d'Arts et Sciences en Limousin , célébrant le tricentenaire de la naissance en 1707 de Linné et Buffon, deux célèbres naturalistes.
Ces célébrations visent à ce que "des artistes et des scientifiques , d'hier et d'aujourd'hui vont se rencontrer, dialoguer, se connaître et s'apprécier, prolonger ensemble l'aventure de la connaissance et de la création, se nourissant réciproquement de leurs expériences et leurs approches différentes" écrit Anne-Lan , peintre sur soie renommée qui partage l'initiative de cette exposition avec le peintre Reg Algorn. De nombreuses tapisseries s'associent avec des peintures et aquarelles, sculptures, dessins pourmettre en scène la nature.
Le grand hall accueille plusieurs artistes , dont trois oeuvres d'Ann-Lan

Un tigre monte la garde au pied de l'escalier d'honneur, sous le regard
d'un coq fringant dont on attend l'impératif Cocorico : ce sont les
oeuvres du sculpteur sur bois Jürgen Lingl-Rebetez
qui travaille .... à la tronçonneuse!!!
ses
oeuvres vivantes, expressives , colorées
lui ont valu de prestigieuses distinctions.
Nous passons futivement devant le grand tigre descendant de
son arbre, de Danièlle
Beck , artiste peintre animalier, spécialisée
dans les grands fauve et espèces africaines
(http://danielle.beck.free.fr).
Les chant des oiseaux nous accompagne vers l'univers plus paisible de Saint Saens (1903-1979): "le soir" est une tapisserie carrée 3 m ètres de côté propriété du Mobilier National. Tissée en 1951, elle illustre l'oeuvre d'un artiste "tombé en amour" de tapisserie en 1941, au contact de Jean Luçat, et qui s'inspira de la mythologie, du cosmos, de la flore et de la faune.
Accompagnés des enfants, nous aurions volontiers collé notre oreille au
nacre du coquillage des Trésors
de la Mer, du
cartonnier Louis Marie
Jullien . Ce marseillais né en 1904, d'abord
caricaturiste puis graphiste, s'éprendde tapisserie au contact
de
Jean Luçat en 1936. Il sort son premier carton en 1940, et 10 ans plus
tard, il s'y consacre presque exclusivement!

la
magnifique collection de planches de plantes de Dom et Jean-Paul Ruiz
spécialisés dans les arts visuels , et de la géotopoétique des paysages.Nous quittons à regret ce vaste espace qui comporte aussi un coin vidéo -nature. Nous transitons par les "armoires à curiosités", collections de scarabées, coquillages et autres poissons pour entrer dans la belle salle du Conseil Municipal aux sièges précieux, tapissés.
Notre regard se porte sur l'oeuvre Feuillages et oiseaux
de Perrot
(1912-1979):
professeur de dessin puis affichiste, le contact avec Luçat ( encore
lui) fit qu'il se consacra presque exclusivement aux cartons
à
partir de
1945.
Ses oeuvres sont d'abondantes verdures, fleuries, peuplées d'animaux.
L'exposition Tapisserie et naturalisme présente une douzaine de tapisseries d'Aubusson, prétées par le Mobilier National qui possède jusqu'à 7000 pièces de tapis et tapisseries tissées dans les prestigieuses Manufactures des Gobelins, de Beauvais et d'Aubusson.
C'est dans cette salle du Conseil que nous admirons les aquarelles d'un Creusois, ayant longtemps vécu à Paris et maintenant résiden t ... en Provence. François Desbordes est un peintre naturaliste , illustrateur, spécialiste des oiseaux et des mammifères . Collaborateurs de nombreuses revues : Forêt Magasine, Hachette Nature, oiseaux, Nathan, Gallimard, Hatier, Rustica....
Il nous donne à voir à Aubusson, des portaits d'oiseaux à l'aquarelle, évoluant dans la plaine de la Crau ou la Vallée des Baux de provence comme l'outarde, la Huppe, la Pie.
L'aquarelle " rends plus lisible chaque élément en le simplifiant et la profondeur de champs, peut s'étirer à l'infini...".
Dans la même salle , nous découvrons les oiseaux dodus d'un artiste parisien , inspiré par la Creuse, où il vit depuis 2001.
Lionel Asselineau observe les oiseaux, leur mode de vie et leur comportement et réalise ses oeuvres au pastel, comme celle -ci montrant un oiseau sous la neige, en hiver, dénommée pudiquement " avec le temps" ( il a omis "sale")....
La dernière salle , celle des mariages, comporte un Acrylique sur papier de Chrysochroa buqueti et autres insectes dont l'anatomie est minutieusement restituée tout en transcendant leur beauté sans artifice et pourtant si époustouflante! Je ne peux pas vous montrer de photo, elle est ratée : c'est pas facile la photo sous verre quand on est pas pro! Mais je ne vais quand même pas tout vous montrer ! Venez voir vous même ces insectes pour lesquels Jean-Louis Verdier a abandonné : les packaging agroalimentaires, les illustrations d'astrophysique, de gèophysique, d'éclatés d'engins..... pour se consacrer exclusivement depuis 1997 à ce petit peuple carapacé !
Dans cette même salle vous pourrez voir d'autres merveilles (sous verre!!) : les plumes d'oiseaux de Sylvie Mercier de Flandre . Pianiste concertiste internationale elle est aussi photographe illustrateur profesionnel et elle peint depuis toujours, beaucoup de fleurs ( merveilleuses).
Je termine ma visite avec Jacqueline
Candiard.
Ayant étudié les Arts graphiques, les Arts plastiques, tout en étant
enseignate, elle illustre des ouvrages de science naturelle et
collabore à l'illustration d'ouvrages d'ornithologie, d'entomologie, et
de botanique, tout en poursuivant ses activités de peintre et de
sculpteur. Elle réalise plusieurs velins pour la ville de
Paris (
illustration collections jardins). En 1996, elle devient Maître de
dessin au Museum d'Histoire Naturelle .
Pour conclure , je retranscris ici, ses propos, ( affichés dans la salle) tant ils illustrent parfaitement la nécessité d'allier les Arts et la Sciences , avec un soupçon d'humanité., c'est parfaitement miraculeux...
" Une planche de botanique doit répondre aux exigences scientifiques mais ne jamais oublier qu'une fleur est un principe vivant, vital, sexuel, et merveileux... le port général de la plante, ses particularités, la présentation de son organe floral, son système de fécondation, sa fructification, apprennent à considérer le sujet comme un être vivant et non comme un objet à peindre.
La tentative de représentation de ces principes revient à la sensibilité de l'artiste, et cette grande considération du modèle nous amène à une réception trés puissante.
Relation intime avec la plante: moment de vie qui s'écoule où le moindre mouvement de pétale est perceptible, la plus infime exhalaison de parfum est sentie. Une attention totale, illuminant les moindres reflets, transparence, brillance, un abandon du reste du monde, pour n'exister que pour son modèle" .
Merci Madame Jacqueline Candiard , ces propos sont Espoir. Vos élèves ont beaucoup de chance ! j'espère qu'ils sont très nombreux à s'être imprégnés du respect du vivant et qu'ils le retransmettront à leur tour pour la beauté du monde.
Aubusson le 11 juillet 2007